That is the question que Steven Philip Kramer se pose et exlore dans cet article publié dans la revue Foreign Affairs en espagnol d’octobre-décembre 2005. Ce mec est professeur des Etudes de Sécurité Nationale au College Industriel des Forces Armées à l’Université Nationale de Défense, aux Etats-Unis.
« Le 29 mai de l’année dernière, lors d’un referendum au niveau national, les électeurs français ont rejeté le projet d’une nouvelle constitution pour l’Union Européenne (UE). Bien que attendu, ce vote a plongé l’UE vers un prolongement incertain. Ce fut également un indice clair que la France elle même est en crise. En disant non à un projet élaboré en grande partie par ses propres dirigeants, les électeurs français en réalité n’ont pas reconnu leurs propres dirigeants et, au passage, ont exporté la crise de leur pays à l’UE. L’intégration européenne et la constitution pour l’UE furent en grande partie des acharnements français et pendant longtemps la France a été le leader naturel de l’Europe. Un an après le vote, la question fondamentale qui persiste est de savoir si le vote du non, ajouté aux émeutes postérieures dans les banlieues de Paris et, plus récemment, les protestations massives contre la réforme du travail pour les jeunes ont détruit la capacité française de conduire l’UE, institution dont la France a tant fait pour sa création.
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A présent, les grandes ambitions de la France semblent se heurter à l’échec. L’échec de la constitution pour l’UE du référendum de l’année passé est dû a deux facteurs : une crise généralisée dans la société française et les défauts inhérents au concept français de l’Europe. La première révèle le fait que le modèle français d’après-guerre –politique, économique et social- ne fonctionne plus bien. La France manque de confiance en elle-même; son élite est divisée dans des affaires fondamentales et a perdu la confiance du public. Son économie a souffert d’une croissance lente durant une décennie, son modèle d’assistance sociale présente des problèmes et son système d’intégration ethnique a été défié lors des récentes émeutes. Alors que, les postures de la France sur l’UE sont devenues chaque fois plus égoïstes et défensives. Une UE élargie sous la tutelle de Paris a été vue avec irritation, et les citoyens français ne cachent pas leurs inquiétudes devant les implications de cet élargissement.
On ne peut pas douter que, malgré le rôle central de la France dans la création de l’UE, la relation du pays avec l’Europe n’a jamais été facile. Bien que Paris a fait de l’intégration européenne la pierre angulaire de sa politique étrangère après la Seconde Guerre Mondiale, les dirigeants français ont toujours été peu disposés à céder de la souveraineté nationale aux institutions supranationales u’ils ont contribué à faire naître ; la preuve est l’échec de la Communauté de Défense Européenne en 1954 (essai pour établir une armée européenne intégrée au sein de l’OTAN pour éviter le réarmement de l’Allemagne Occidentale comme force nationale) et la quasi déroute du traité de Maastricht lors d’un référendum français en 1992. Au cours de la Vème République, la France a voulu des choses contradictoires de l’intégration européenne : un bloc supranational qui aurait une position forte sur le monde, mais qui nécessiterait le sacrifice minimum de la souveraineté nationale de la part de ses membres. Les dirigeants français ont cru qu’une communauté européenne fondée sur une action intergouvernementale (dans laquelle la prise de décision résiderait principalement sur les représentants des Etats membres) offrirait les meilleurs moyens pour réconcilier ces deux objectifs. Mais ce fut précisément cette UE intergouvernementale que les électeurs français ont rejeté en mai dernier.
Il faudrait considérer ce vote comme un avertissement. La France a besoin de redessiner sa stratégie nationale, à la manière qu’elle l’a fait après 1870 et 1945. Bien que la rénovation française ne soit pas une condition suffisante pour le futur développement de l’UE, c’est une condition nécessaire. Malheureusement, la France n’a rien réussi sur ce front depuis mai 2005. Si quelque chose s’est produit, c’est que les choses se sont détériorées.
Sortant des cendres
Dans son célèbre livre L’Etrange Défaite, le grand historien Marc Bloch décrit son expérience en tant qu’officier de la réserve française durant la désastreuse Bataille de France en 1940 et se sert, ensuite, de sa formation d’historien pour expliquer les causes de la débâcle. Selon Bloch, la rapide capitulation de la France devant les nazis ne fut pas seulement un échec militaire, mais la conséquence de problèmes plus fondamentaux dans la société française. L’argument de Bloch est valable pour l’époque actuelle : comme l’humiliation des forces armées françaises il y a plus de 60 ans, l’échec du referendum de l’année passée a révélé à quel point était enracinée la crise de légitimité surgie de l’incapacité du gouvernement pour résoudre des problèmes de long terme.
Les résultats de 1940 sont également instructifs. Après la guerre, la rapide chute de la France a produit une croyance généralisée qu’il était nécessaire un changement radical dans la structure du pays. Mais en raison de l’échelle de la déroute et de la fragmentation de la société française, des décennies étaient nécessaires pour établir une réponse cohérente et convaincre la majorité des dirigeants et de la population française de le reconnaître.
Parmi les éléments basiques du modèle français d’après guerre (modifié en 1958) existaient un pouvoir exécutif fort et un parlement faible; un système économique avec un grand secteur étatique et un important rôle de planification étatique; un large système d’assistance qui offrirait des prestations généreuses s’agissant de la santé, la retraite et le chômage, et une éducation supérieure gratuite; l’appui à l’intégration européenne basé sur un modèle intergouvernemental; l’usage de l’association franco-allemande comme instrument pour le maintien de la paix en Europe et l’application de l’influence française; la reconstruction du système de défense de la France concernant la force dissuasive nucléaire, et une attitude ambivalente face aux Etats-Unis, consistant en la coopération pratique en termes concrets, mais en l’opposition doctrinaire devant la perception de l’hégémonie étasunienne.
A la fin des années 80, le nouveau modèle français s’était cristallisé. Pour la première fois dans l’histoire moderne, la classe politique française semblait être d’accord sur les sujets basiques de la défense, les affaires extérieures et les politiques économiques et sociales. L’alternance entre gouvernements de gauche et de droite n’a pas provoqué des changements significatifs de politiques. L’ironie est qu’aux alentours de cette période le modèle commencer à faillir.
L’explication la plus simple de l’actuelle crise en France est Jaques Chirac. Chirac a eu plus de réussites à dérouter ses rivaux et acquérir du pouvoir qu’à l’utiliser. Beaucoup de ses difficultés proviennent de son incapacité d’accomplir ses engagements de campagne de 1995 pour se concentrer sur l’ « homme oublié », celui qui a été exclu des avantages de la société française. Pour en rajouter, Chirac a montré un tendance jusqu’à la prise de risques (…). Par exemple, en 1997, il a décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale prématurément, sans avoir, auparavant, établi un thème persuasif pour la prochaine campagne. Ce qui a conduit à la victoire socialiste aux élections parlementaires, chose qui a obligé Chirac a collaboré avec un premier ministre socialiste, Lionel Jospin, durant les cinq années suivantes. Une autre erreur similaire fut de s’allier avec le successeur gaulliste de Jospin, l’impopulaire Jean-Pierre Raffarin, de 2002 à 2005, et d’entamer un référendum non nécessaire sur la constitution pour l’UE. Egalement infructueuse fut la rencontre télévisée de Chirac avec des jeunes durant la campagne pour le référendum, quand le président, déjà âgé, n’a pas su montrer sa capacité de répondre aux préoccupation des jeunes.
Ces erreurs ont rendu impossible une nouvelle candidature de Chirac. (…) Le président est l’auteur de ses propres infortunes et sa responsabilité s’agissant des problèmes généraux de la France est énorme. Mais les échecs de Chirac reflètent aussi les défauts subjacents du système politique et constitutionnel français.
Le problème constitutionnel fondamental qu’affronte aujourd’hui la France est le même qu’il y a 200 ans : comment équilibrer les pouvoirs de l’exécutif et du législatif. La France a oscillé entre les modèles gouvernementaux qui concèdent une excessive autorité à l’exécutif et ceux qui engendrent des parlements tout puissants. Quand l’échec de la IVème République a contribué au retour de Charles de Gaulle en 1958, ce dernier a crée un nouveau système (la Cinquième République) qui donnait une grande force au président et quittait au Parlement une bonne partie de son indépendance et de son pouvoir. De la même manière, De Gaulle a établi un mécanisme par référendum qui lui a permis de renouveler son mandat à travers un vote populaire direct et qui marginalisait encore plus le législatif.
C’est ironique que ce même processus de referendums est devenu une des manières pour que le public français montre sa désapprobation au gouvernement et au président. Les référendums peuvent facilement devenir des plébiscites et les plébiscites des échecs. En considérant ceci, peut-être, ce fut imprudent de soumettre la constitution pour l’UE au public à travers le vote populaire.
(…)
La racine du mécontentement politique du public français est principalement d’ordre économique, et s’avère être le résultat, surtout, d’un chômage chronique. Après la Seconde Guerre Mondiale, la planification économique centrale et un large secteur étatique ont aidé à ce que la France réussisse 30 années de rapide croissance économique. Toutefois, à partir des années 90, le gouvernement a commencé a libéraliser l’économie. La planification étatique s’est réduite, les industries nationalisées ont été privatisées et les entreprises françaises ont commencé à être en concurrence au niveau global. Mais le chômage s’est maintenu aux alentours de 10% durant deux décennies. La principale cause de ce problème a été le marché hautement restrictif de la France, qui fait que les employeurs sont réticents à contracter de nouveaux travailleurs lors de bonnes époques parce qu’ils ne pourront pas les licencier durant les mauvaises.
Pour remédier à ce problème, les gouvernements français ont essayé de « répartir » l’emploi en réduisant la semaine de travail à 35 heures, encourageant les retraites anticipées et en créant des emplois temporels dans le secteur public pour les jeunes. Aucune de ces mesures n’ a été efficace pour réduire le chômage de long terme, et quelques-unes, comme la retraite anticipée, ont seulement augmenté les déficits de l’Etat providence. Les femmes, les minorités et les jeunes sont, en particulier, les plus vulnérables.
Au début de l’année, le premier ministre Dominique de Villepin a essayé d’aborder le problème du chômage des jeunes en créant des contrat de travails temporels pour les employés qui travaillent pour la première fois et qui ont moins de 25 ans, qui permettraient qu’ils soient licenciés sans aucune justification durant leurs deux premières années. Toutefois, c’était peu probable que cette mesure réduirait considérablement le chômage et elle a seulement réussi à rendre furieux les jeunes français, qui aspirent au même type de sécurité de l’emploi dont jouissent leurs aînés. La décision fut aussi impopulaire parmi les travailleurs adultes d’âge plus élevé, car ils avaient peur que ce soit le début d’un précédent pour leur enlever leurs protections de l’emploi. Le résultat fut un mois de grèves et de protestations qui ont terminé quand le gouvernement a abrogé la loi.
Peut-être, le coup le plus dur du problème du chômage en France est celui des minorités ethniques du pays. Bien qu’il est habituel les appeler « immigrés », beaucoup de ces personnes sont en réalité des citoyens français de seconde génération. Les émeutes qu’ils ont lancé à l’automne 2005 ont rappelé les troubles raciaux urbains qui ont secoué les principales villes des Etats-Unis dans la décennie 60. Les émeutes françaises furent beaucoup moins violentes que celles des EEUU. Mais la situation des minorités ethniques en France est pire que celle des afro étasuniens des années 70. Les noirs étasuniens disposaient d’un mouvement de masses en faveur des droits civils qui les défendait ainsi que des dirigeants talentueux tel que Martin Luther King Jr. Les noirs étasuniens étaient aussi représentés au Congrès, dans les gouvernements locaux et dans les deux partis principaux. Le président Lyndon Johnson comprenait leur cause et a impulsé diverses lois sociales et sur les droits civils au Congrès qui jusqu’à la fin de ce siècle a produit des résultats importants.
Dans la France actuelle, les “ ne partagent même pas une identité collective et manquent d’organisation et de représentation dans le paysage politique français. Dans la décennie de 60, les étasuniens blancs au moins considéraient les noirs tandis qu’en France la majorité des habitants des banlieues ethniques pauvres, indépendamment de leurs nationalités réelles, sont considérés par les autres citoyens français comme des étrangers. Le fait que les ethnies pauvres de France soient aussi musulmanes n’aide pas non plus à une époque où l’Islam inspire de la peur à toute l’Europe.
De plus, les noirs étasuniens sont arrives finalement à bénéficier de la discrimination positive, qui a contribué à accélérer leur transition vers la classe moyenne. Le credo républicain français fait de ce type de politique quelque chose d’inacceptable pour les tendances publiques générales. Mais comme l’ont montré les émeutes, l’indifférence (bénigne ou pas) des ethnies pauvres de France n’est plus possible. Bien que seules les politiques à long terme puissent provoquer un changement fondamental, l’action immédiate est nécessaire pour démontrer que l’Etat est engagé pour les aider. Toutefois, il ne semble pas qu’une telle action soit visible à l’horizon. Pendant que l’Etat providence de la France maintient une organisation qui ne suit pas les lignes égalitaires, mais un traitement par corporations. Des professions distinctes conservent de différents systèmes de retraites et défendent leurs privilèges avec férocité. Régulièrement, la réforme du marché de l’emploi et de l’Etat providence est obstruée par des groupes, comme les syndicats du chemin de fer et celui du métro. Les gouvernements de France, en se souvenant de la proche Révolution de Mai 1968 éludent presque toutes les confrontations avec les travailleurs…comme ce qui s’est passé ce printemps. Le résultat est une impasse.
L’incapacité d’asseoir les réformes est justifiée également par l’allusion à des fantasmes tels que la globalisation et ce que Chirac a appelé, que ce soit par cynisme ou parce qu’il le croyait réellement, le courrant ultra libéral qui pourrait conduire à une Europe « anglo-saxonne et atlantique ». Peu importe que la France concourre très bien dans un monde global ou qu’il n’y ait pas seulement un « modèle anglo-saxon » (de fait, le Royaume Uni est plus près de l’Etat providence européen que celui étasunien). Peu importe que quelques démocraties européennes très petites, comme la Suède, ait beaucoup de succès en réconciliant une économie vigoureuse et compétitive et un marché du travail ouvert, avec un degré plus élevé d’égalité et de solidarité sociale que celui qui existe en France.
Réunis, ces facteurs ont contribué à la stagnation économique et à l’agravation des problèmes sociaux qui sont en train de diminuer l’influence de la France en Europe. Après tout, comment Paris peut-elle conduire l’UE, qui est une organisation principalement économique, si elle n’est pas capable de réduire son propre chômage chronique dans son pays ? La France n’a même pas pu réussir à diminuer son déficit budgétaire à 3% du PIB, comme l’exigent les règles de l’Union Monétaire européenne; pour éviter des sanctions la France (avec l’Allemagne) a du réécrire ces règles. «